NOUVEAUTES
"Les douze nouvelles se dévorent presque d’une traite tant le lecteur
est emporté dans chacune des courtes histoires.
Un ouvrage à découvrir"
Place à la poésie et à la tendresse avec un texte issu du recueil d’Annie Mullenbach-Nigay : “Tu me manques”. Le recueil nous est présenté par Jean Calbrix :
« Les nouvelles d’Annie s’égrainent au fil de pages, merveilleusement musicales, tantôt badines, tantôt terriblement graves, traitant des manques dans les rapports familiaux, et pour certaines, consacrées au devoir de mémoire au sujet de la Shoah. »
La plupart des personnages de ces douze nouvelles survivent à une perte, celle d'un être précieux, de l'enfant de La petite à la "grand mémé" de Traversée, en passant par la mère de Fleur de lin ou par Antoine dans Pas de bulles, ou celle que nourrit une blessure ainsi qu'on le découvre dans Une de trop, dans Grincements et dans Sortie.
Le mécanisme de beaucoup de ces textes est celui d'une révélation. Celle-ci, pour douloureuse qu'elle s'avère parfois, sort un instant les êtres de cette solitude qui semble leur lot.
En cela. les nouvelles de Tu me manques sont porteuses d'espoir.
Extrait de la préface de Jean Le Boël
Absence
Cher…
Je reste en arrêt, le stylo au dessus du dernier point de suspension… au bord de ce qui s’appelle une lettre. Une lettre à écrire. Des lettres à enfiler, mot après mot, ligne après ligne.
Est-ce si difficile…
Enfant, déjà, en colonie de vacances, à l’heure de la sieste, la monitrice et sa lettre type :
Chère maman / cher papa…
Je n’osais pas barrer papa et je savais que la suite serait également fausse :
Je vais bien, je m’amuse bien. Je vous espère en bonne santé…
Papa en bonne santé ! Cela me faisait rire et je pleurais sans rêves au milieu du dortoir.
Cher… Je n’ai écrit que sept signes. Quatre lettres, trois points. Sept, un nombre parfait, points de suspension parfaitement alignés et à la ligne.
Tu m’as manqué.
Tu me manques.
Je vais, mal ou bien.
Il est des nuits où je m’amuse tant que je passe mes jours à pleurer.
(exrait de recueil " Tu me manques")
Aux éditions du DOUAYEUL, Cénacle de Douayeul à Douai
Collection : " Prix des Beffrois"
http:/poesiedouayeul.blogspot.com
ou bien chez l'auteur:
Utiliser la rubrique "contact"
9 euros
Clément: un jour, un jour de naissance,un jour de joie.
Lorsque l’enfant parait
Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l'enfant paraître,
Innocent et joyeux.
Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre
Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre
Les chaises se toucher,
Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire.
On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mère
Tremble à le voir marcher.
Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme,
De patrie et de Dieu, des poètes de l'âme
Qui s'élève en priant ;
L'enfant paraît, adieu le ciel et la patrie
Et les poètes saints ! la grave causerie
S'arrête en souriant.
La nuit, quand l'homme dort, quand l'esprit rêve, à l'heure
Où l'on entend gémir, comme une voix qui pleure,
L'onde entre les roseaux,
Si l'aube tout à coup là-bas luit comme un phare,
Sa clarté dans les champs éveille une fanfare
De cloches et d'oiseaux !
Enfants, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine
Qui des plus douces fleurs embaume son haleine
Quand vous la respirez ;
Mon âme est la forêt dont les sombres ramures
S'emplissent pour vous seuls de suaves murmures
Et de rayons dorés !
Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies,
Car vos petites mains, joyeuses et bénies,
N'ont point mal fait encor ;
Jamais vos jeunes pas n'ont touché notre fange ;
Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange
A l'auréole d'or !
Vous êtes parmi nous la colombe de l'arche.
Vos pieds tendres et purs n'ont point l'âge où l'on marche ;
Vos ailes sont d'azur.
Sans le comprendre encor, vous regardez le monde.
Double virginité ! corps où rien n'est immonde,
Âme où rien n'est impur !
Il est si beau l'enfant, avec son doux sourire,
Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,
Ses pleurs vite apaisés,
Laissant errer sa vue étonnée et ravie,
Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie
Et sa bouche aux baisers !
Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j'aime,
Frères, parents, amis, et mes ennemis même
Dans le mal triomphants,
De ne jamais voir, Seigneur ! l'été sans fleurs vermeilles,
La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
La maison sans enfants !
Victor Hugo Les Feuilles d'Automne, XIX, 1831.
Annie Mullenbach-Nigay
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