MOTS POUR RIRE

 

 

Photo de Michelle LOUP

 

Texte de Annie MULLENBACH-NIGAY

 

Pied de nez

 

 

    Mon histoire est simple, très simple, pas une de ces histoires à prendre au pied de la lettre.

    J’ai eu une enfance heureuse, petit garçon pieds nus sur des tapis persans sous le regard vigilant des portraits en pied de mes ancêtres. Je ne mettais un pied dehors que pour aller jouer au pied des arbres ou bien ramasser des pieds-de-mouton pour la cuisinière ou encore cueillir des pieds- d’alouette pour ma mère.

    Mon père et mon grand-père avaient, chacun en leur temps et dans la cavalerie, mené une carrière sur le pied de guerre avant de mettre pied à terre. C’est donc tout naturellement que j’entrai dans le service armé des gens de pied où je fus tout aussi naturellement mis à pied pour cause de pieds plats.

    Mon grand-père, qui avait déjà un pied dans la tombe suite à un malencontreux coup de pied de cheval, n’en sut rien et je me consolai en retournant à la vie civile où j’avais la ferme intention de prendre pied sans pour autant travailler d’arrache-pied.

    « Est-ce au pied du savoir que l’on mesure les hommes ? » J’étais bien d’accord avec Boileau et, pied à coulisse en main, je partis mesurer la Tour Eiffel, en pieds anciens comme il convient.

    Je la rencontrai près du pied nord-ouest. Elle était accompagnée d’un valet de pied vêtu de pied en cap d’un uniforme en tissu pied- de- poule et affligé d’un pied-bot.

    Elle se dirigeait vers les bateaux-mouches, je la suivis pied à pied.

    Je n’avais pas le pied marin, je grimpai néanmoins sur la passerelle au pied levé et à pied sec. J’avisai tout de suite les gilets de sauvetage au cas où nous aurions dû sauter là où nous n’avions pas pied. Ne jamais perdre pied, telle était ma devise.

    Ma belle s’était assise au pied de l’échelle de coupée. Je fis des pieds des mains pour m’installer auprès d’elle, à pied d’œuvre. Je ne suis pas du genre à ne pas savoir sur quel pied danser. Lorsque je mets quelque chose sur pied, j’y vais de pied ferme. Pas question de lever le pied avant d’avoir conclu. Et j’étais certain d’avoir trouvé là chaussure à mon pied.

    Nous parlâmes de tout sur un pied d’égalité. Je lui récitai des vers qui parlaient d’amour en douze pieds et en profitai pour lui faire discrètement du pied sous l’ourlet de sa jupe.

    C’était la première fois me susurra-t-elle en se rapprochant qu’elle mettait le pied sur un bateau. Elle avait plutôt une grande habitude de la marche à pied, son père possédait des hectares de vignes au pied des Pyrénées.

    Je lui offris illico de faire le trajet pédestre jusqu’à mon appartement. Je possédais alors un petit pied- à- terre sur la butte Monmartre.

    Elle congédia le valet  au pied- bot et lui ordonna d’aller faire le pied de grue au pied du pont de l’Alma.

    - Il est par trop casse-pieds ! me dit-elle en prenant mon bras pour marcher du même pied que moi.

    Sitôt dans ma garçonnière elle se plaignit de ne plus pouvoir mettre un pied devant l’autre, ses chaussures lui sciaient le cou-de-pied. Elle les jeta sur le tapis. Je me jetai à ses pieds. Elle se laissa tomber au pied du lit, je l’y rejoignis.

    Ah ! ses jolis petits pieds nus !... Quels pieds !

    J’étais à elle, pieds et poings liés, lorsque quelqu’un à la porte tira le pied- de- biche.

    -  Mon père ! cria la donzelle.

    -  Je le croyais au pied des Pyrénées !

    -  Il est monté à Paris pour vendre sa récolte sur pied.

    -  Le valet de pied lui a tout dit !

    -  Il est très bête ce valet, bête comme ses pieds ! 

 Nu comme un vers, j’aurais voulu être à cent pieds sous terre.

    Le papa, bon pied bon œil, a tout de suite mis les pieds dans le plat.

   Au pied du mur, j’ai dû épouser la demoiselle.

    Je ne m’en plains pas. Je vis sur un grand pied. Ma femme est charmante, jamais levée du pied gauche.

   Elle a accouché de quatre petits pieds, des jumeaux.

   L’un a des pieds plats, l’autre un pied- bot.

 On ne saurait être parfait.