Les rencontres

Les 3e de St Joseph du Moncel

 

   Ils attendaient l'auteur, ils avaient étudié son recueil " Tu me manques" que leurs professeurs de Français avaient choisi pour sa conformité au programme de 3e. Je les ai donc rencontrés un mercredi matin d'automne, quatre classes, une heure dans chacune et dans chacune un groupe de jeunes, ouverts, intéressés et intéressants. Ils avaient préparé des questions, ils en ont posé d'autres aussi; des questions personnelles: Vos origines, votre famille, votre enfance, votre père...?

D'autres plus directement liées à l'écriture: les mots choisis, le langage, l'implicite, le discours indirect libre, l'inspiration des thèmes, surtout celui concernant la nouvelle " Règne végétal"!

Beaucoup de questionnements concernant la guerre, celle de 39/40 et le problème des juifs. POurquoi avoir écrit sur ces sujets?

Questionnement aussi sur la place des hommes dans ces nouvelles, une image négative demandent les garçons ?

Des remarques sur une certaine noirceur  qui transparait dans plusieurs textes émouvants ou tragiques. L'auteur serait-elle d'un caractère triste ? Et quel est son rapport avec la mort dont la thématique semble être commune à plusieurs nouvelles ?

Et des discussions sur la fin de certaines histoires, celles qui laissent le lecteur face à ses choix...

L'échange aurait pu durer plus longtemps, mais les jeunes avaient demandé la lecture d'un texte, et là aussi une écoute de grande qualité, une ambiance recueillie, un beau moment de lecture. Et à la suite, une séance de dédicaces comme dans toute rencontre littéraire, plaisir d'entrer en connivence avec le lecteur, la lectrice et de laisser trace de cette rencontre peut-être trop brève mais l'horaire est là !

Merci à toutes les Camille, Juliette... à tous les François, Pierre et tous et toutes les autres dont je revois les visages et qui m'avez fait l'immense plaisir de me lire et de vous exprimer. 

Merci à la classe qui avait préparé une "surprise" digne d'un récital de poésie ! Une belle façon de dire les poèmes, tant et si bien que je n'avais pas reconnu mon "oeuvre" ! alors vive la poésie !

Merci aux professeurs pour le dynamisme de leur participation et merci à l'équipe dirigeante qui a bien voulu m'accueillir.

Je suis rentrée la tête et le coeur réjouis et prête à me remettre l'ouvrage, l'inspiration ne chôme pas !

 

Annie Mullenbach-Nigay

 

Philippe Claudel


 

Samedi matin, 28 février 2009, 10 heures, salon d’honneur de la gare de Metz.

Nous l’attendions, nous étions tous là, dans cette grande salle un peu froide, sous l’œil dominateur du vitrail de Charlemagne empereur.

 Philippe Claudel, auteur.

J’avais souvenir d’un homme simple, c’était 4 ou 5 ans auparavant, avant les prix, avant les médias, les salons du bout du monde et la remise des Césars du vendredi soir...

Et il est arrivé, en descente directe du TGV de Paris, précédé d’une caméra de FR3 et traînant sa valise trolley derrière lui. Le fameux César à l’intérieur ?...entre le smoking, la chemise blanche et le nœud papillon... ?

Il avait pour l’heure un look genre cinéaste, casquette écossaise et blouson qu’il a prestement ôtés pour converser à l’aise.

Et tout de suite nous avons retrouvé l’écrivain. Celui qui s’est inventé un faux grand père (Le café de l’Excelsior) pour pallier aux manques familiaux. Celui qui a enseigné en prison (Le bruit des trousseaux) et se pose des questions sur l’enfermement. Des questions aussi sur le don d’organes (J’abandonne), sur l’euthanasie (Il y a longtemps que je t’aime, le film)...

Le questionnement de Philippe Claudel est récurrent. Récurrent aussi le thème de l’autre, le groupe, l’amitié. Ses livres, il le dit, sont des livres d’amitiés où il ne craint pas d’exposer des « bons sentiments ». Les femmes y sont très présentes, même si elles sont en arrière plan (Les âmes grises) de même les enfants (Le monde sans les enfants)

Son premier questionnement date de la découverte de la Shoah, il avait 10 ans, l’âge de ces enfants que l’on était venu chercher dans une petite salle de classe d’un petit village perdu et dont lui parlait sa mère, sa grand-mère. Question qui n’a pas trouvé, qui ne trouve pas de réponse. Un thème très fort que l’on retrouve dans « Le rapport de Brodeck », le plus abouti de ses romans, à tel point abouti qu’il a pensé ensuite que ce serait son dernier.

Est-ce pour cette raison qu’il se sent aujourd’hui comme « une serpillière essorée », ce sont ses propres mots. Depuis 2 ou 3 années qu’il court le monde de festivals en salons, de dédicaces en représentations ...Philippe Claudel n’écrit plus et il est devenu urgent pour lui, et c’est lui qui le dit, de s’arrêter, de se poser sur sa terre de Lorraine, de se ressourcer, se régénérer pour avoir de nouveau quelque chose à nous dire, quelque chose à écrire...l’amour peut-être, un roman d’amour où il n’y aurait que l’amour, à la manière d’Albert Cohen dans «  Belle du Seigneur » ... et c’est tout le bien que nous lui souhaitons, que nous nous souhaitons, nous, ses lecteurs.

Christine EDDIE

 

Christine EDDIE, auteur des « CARNETS DE DOUGLAS » publié en France par Héloïse d’Ormesson a reçu, au cours de Salon du livre de Paris, le Prix FRANCE / QUEBEC décerné chaque année au premier roman d’un auteur québécois.

Si vous lui demandez comment elle est venue à l’écriture, Christine EDDIE vous répond avec un sourire tranquille qu’elle ne sait pas trop comment tout cela s’est fait. Oui, elle a d’abord écrit des nouvelles dont certaines ont reçu des prix, et puis un jour... un jour elle a commencé à écrire quelque chose pour une amie en fin de vie. Un texte, puis un autre et les textes, au fil des mots,  sont devenus chapitres, références à cette amie qui l’encourageait à poursuivre... leur temps était compté, neuf mois plus tard le roman était achevé, l’amie le lisait et la poussait à chercher un éditeur....il s’en trouva un. Pour Christine l’aventure pouvait commencer...

Les CARNETS DE DOUGLAS  c’est quelque chose qui vous réjouit le cœur, ça parle d’arbres, de Mozart, d’amour, de la nature et de son contraire, vous êtes au bord des larmes, au bord du rire, c’est une fable, un conte et en même temps c’est la vie, presque universelle, la vie plus forte que la mort !

Des bouffées d’air traversent les pages, comme elles traversent les grands espaces, là bas, et en écoutant Christine  EDDIE on tombe un peu plus en amour de ce Québec, si proche...  

 

Jean GIONO

 

sous la plume de Pierre MANGIN

<< Nouvelle zone de texte >>

Dès que j’ai su lire je me suis mis à dévorer tout ce qui me tombait sous les yeux… Un auteur parmi tant d’autres m’a fortement marqué. À seize ans j'avais lu presque tout Giono. Principalement le Giono d'avant-guerre, le Giono de « Un de Baumugnes », de « Regain », de « Colline »… Le Giono qui parle de la terre, du vent, de la pluie, du soleil et des étoiles. Du Giono qui raconte les paysans. Les paysans, et non pas les exploitants agricoles. Le Giono qui parle de leur sagesse et prône un retour aux choses essentielles. Bref, le Giono qui fut décrié à la libération, montré du doigt comme pétainiste… Sous prétexte qu'un vieillard chenu avait fait des valeurs de la France rurale une icône, il était devenu malsain d'aimer cette vie près de la terre, malsain de fréquenter Giono… Moi, ses livres m'ont fait rêver, ils m'ont porté pendant les jours sombres de mon adolescence. Un livre de Giono sur les genoux, ma tête balayée par des vents aux senteurs de serpolet, les yeux éblouis par un lever de soleil sur les collines provençales, j'étais loin, très loin de mon HLM de banlieue un peu triste…

Et voilà que ma propre vie était devenue un roman J'aurais pu être un personnage de Giono, me glisser dans l'un de ses livres : j'étais sûr de me fondre dans ses pages sans qu'aucun lecteur ne remarque ma présence anachronique ! Je vivais en communion avec la nature, à son écoute. J'étais devenu capable de me passer de tout. Mes notions de confort étaient toutes personnelles. Un torrent à proximité pour l’eau potable tous les jours et une truite pour les jours fastes, une forêt riche en baies sauvages et champignons, j’étais comblé. Je me suffisais de peu, me nourrissais du minimum. J'étais capable de me passer de tout, sauf d'huile d'olive et de livres… L'huile d'olive pour son goût inimitable et ses bienfaits incomparables. Les livres pour le rêve, les livres pour la réalité suintant à chaque page, les livres pour appréhender toute la complexité de la nature humaine, les livres pour sonder mon âme, les livres pour découvrir, partir, embarquer… Loin, très loin…