Annie Mullenbach-Nigay
auteur
VENISE
Et vous marchez. D’un pas assuré. Si vous vous perdez quelle importance ! Venise sort d’on ne sait où et ne va nulle part à travers l’entrelacs des ruelles et des ponts en dos d’âne, à l’ombre des canaux clapotants aux reflets moirés. De vieux palais moussus d’un rose délavé y baignent leurs pierres d’algues marines, des fleurs jaunes aux croisées de leurs façades gothiques où flottent des étendards de linge sous des jardins suspendus entre ciel et cheminées coniques.
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Venise est un charme. Venise a le charme fragile. Les files d’attente s’allongent sur la place St Marc, les touristes débordent, les abords du Rialto ont des allures de souks. Mais il est des ruelles où les pas résonnent et où les pierres ont des senteurs d’eau.
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Il vous reste du bleu, des reflets d’or et la brume. Et puis rien. Vos souvenirs.
Venise n’existe plus qu’au pays des songes.
(August Von Platen 1796-1835)